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Hypnose au féminin
Votre page 7
Il était une fois … 26 décembre 1993 ; c'était hier, c'était Noël, une route toute droite, toute droite et déserte ; solstice d'hiver, déjà la nuit, et au loin une voiture ; nos routes vont se croiser, non, juste se croiser rien que se croiser pas se mélanger, non je ne veux pas non !!! tôles tordues et souffrance mêlées ; une pensée, couper le contact ; noir, il fait noir, je n'ai plus de corps, ma vie, ma vie va s'arrêter là sur cette route peut-être ; je ne crie qu'un nom dans le noir et le froid ; une voix de femme très loin "elle est morte !!!", une couverture m'enveloppe, puis plus rien. Rien. Désincarcération, hôpital, dans mon lit je suis ailleurs, je ne souffre plus, je ne sais plus rien. J'entends des mots incompréhensibles vides de sens : polytraumatisme, fracture de l'avant bras, fracture comminutive du genou, fracture du rocher … Vertige aigü, autour de moi des silhouettes noires minuscules s'agitent, des choses flottent éparses comme après un naufrage.

Des mois et des mois de colère.

Je suis brisée de partout. Les chirurgiens se succèdent pour redonner un peu d'unité à mon corps en petits morceaux : Dès le 27 décembre, le Docteur François LESTRADET répare mon genou et mon avant-bras, le 3 janvier, le Docteur Alain CANTENOT s'occupe de mon nez et les Docteurs Morhaf KABBACHE et Pierre POPPON de ma hanche droite.

Le processus de guérison est déjà bien engagé mais avec la colère, on ne veut rien entendre : ni la famille, ni les amis, ni les médecins, ni croire à rien. Pourtant dès le neuf février je suis transférée au sein de l'Hopital de Dole du service de Traumatologie au Service de Rééducation Fonctionnelle où je resterai jusqu'au 6 mai 1994, avant de rentrer chez moi, oui, mais en fauteuil roulant …

Admettre, admettre l'évidence … La fracture comminutive de mon fémur gauche ne consolide pas, j'ai échappé à l'amputation mais … radio après radio, rien, aucun progrès ; je vois bien que mon radiologue attitré, le Docteur François HENRION, me regarde d'un air de commisération tout en essayant de me faire rire, mais je m'entête ; je vais alors consulter comme une dernière chance le Professeur Emile LETOURNEL qui a réparé Jacques LAFFITE et Didier PIRONI, polytraumatisés célèbres de la Formule 1 ; je serai une de ses dernières patientes, puisqu'il est décédé en 1994, me laissant en attente de greffe. Son décès prématuré fut certainement pour moi un signe du destin qui refusait quelque part une nouvelle intervention, de nouvelles cicatrices, de nouvelles souffrances, car au énième cliché, apparait une ombre légère, imperceptible sauf à qui regarde les radios avec les yeux de l'amour : un peu de calcium s'est bien déposé là, en quantité infime, et mon médecin me raconte alors une histoire qui me parle du fond de mon désespoir : l'oreille collée à mon genou, il me parle, me parle des milliers de petits maçons, microscopiques, qu'il entend travailler, là, comme vous m'entendez ; munis de leur truelle, ils prennent le visage de mon grand père paternel, italien, le cheveu bouclé et chantant tout le jour, du haut de son mètre cinquante; et instant après instant, inlassablement, ils entassent le calcium.

Ce fut mon premier contact avec l'hypnose ; des mois et des mois de patience ; des mois et des mois de travail acharné avec mon Kinésithérapeute Martial HENRIOT pour une première victoire insensée, tenir debout une demie heure par jour grâce à une orthèse.

Et vous ne me demandez pas comment tout celà s'est terminé ?

Cinq ans plus tard, bien droite sur mes deux jambes, forte d'une sorte de "Validation des Acquis par l'Expérience", je commence une première formation à Paris, en 1998, avec le Docteur Eric SCEMAMA qui a su m'insuffler la curiosité et le désir d'apprendre : Jean GODIN, Patrick BELLET, Olivier PERROT, Thierry MELCHIOR, Teresa ROBLES, Eric BONVIN, Jean-Marc BENHAIEM, et pardon à tous ceux que je ne cite pas et qui ont laissé leur empreinte.

Et tout au long de mon évolution le fil conducteur, le guide, le soutien, le conseiller, l'oreille attentive, le menteur aux petits maçons présent là dans l'ombre de ces illustres praticiens, mon Médecin Généraliste, lui-même hypnothérapeute et fondateur de l'Institut Francophone de Neurohypnose, le Docteur Jean-François PRUDENT.

"Aujourd'hui c'est dimanche et j'entends l'oiseau qui annonce la pluie ; j'ai cinq ans et la campagne bruisse de mille oiseaux, et c'est maman qui m'a appris à les reconnaître à leur chanson, et l'herbe du jardin est si haute et les arbres si grands ; l'oiseau siffle la pluie c'est une petite mésange je lui réponds dans sa langue : titi-gneu arrête cette chanson titi-gneu la pluie me rend triste et j'aime le soleil ! et je cours de toutes mes jambes après monsieur le vent et je tiens la ficelle de mon ballon bien fort et je porte en moi la pluie et le vent et après la pluie le soleil qui éblouit et c'est la fête et mon ballon … mon ballon il est parti, et je pleure et mon coeur éclate …"

"C'est dimanche et je largue les amarres je suis ce ballon immense et coloré nacelle d'osier si fragile rempart dérisoire contre le vide, bulle de calme et de chaleur qui balance au gré des vents ; et maintenant je sais qu'il n'est nul vent favorable à qui ne sait où il va ; et je prends de l'altitude les collines abruptes se font toutes petites, jusqu'au bout de ma mémoire, je m'évapore, je m'évapore"

Un jour sur mon sentier douloureux j'ai croisé l'hypnose ; un jour mon esprit fatigué est entré dans un état modifié de conscience ; un jour j'ai pu rêver toute éveillée, me laisser porter par la vague, les yeux ouverts ; un jour j'ai pu utiliser tout ce que la vie m'a donné, les épreuves et les aubaines.

"Et j'ai de nouveau largué les amarres ; sur le bateau qui m'emporte en Méditerrannée, parenthèse dans le temps tel qu'on croit qu'il s'écoule, je décide d'ouvrir mon site. Au delà de ma guérison, je veux réaliser le rêve contrarié de toute une existence : soigner et transmettre cette force enfin mûrie ; la Vie n'a pas voulu que je sois Médecin, j'aiderai quand même par mes propres moyens les personnes qui voudront bien me faire confiance.

Des millénaires s'écoulent en cascades bondissantes ; l'évolution du monde n'est pas un long fleuve tranquille et le Stromboli souligne en pointillé de sa fumée noire l'histoire des humains"

Et c'est aussi mon histoire.

 

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02/01/08 MAJ 13/04/10